Perdue

Elle rêvait quand le métro s’est arrêté. Ouverture des portes. Depuis qu’elle est sur le quai, impossible de trouver la sortie dans ce souterrain. Elle regarde son téléphone. Déjà dix minutes de retard. Toutes les directions se ressemblent. Impossible de savoir quel numéro suivre. Les néons laissent apparaître les failles de ce souterrain et la mélodie des violons se met en route. Ça lui arrive quelques fois. Elle marche dans la rue et tout à coup, elle se déconnecte. Personne autour d’elle ne semble le remarquer. Le défilé des passants embrume son esprit. Elle reste immobile, les yeux ouverts sur le monde.

Ça ne l’angoisse plus comme au début. Avant elle devait s’asseoir et attendre que ça passe. Aujourd’hui elle tourne en rond, explore chaque direction, mais son cœur ne s’emballe plus. Elle n’étouffe plus. C’est devenu une habitude. Il faut continuer à marcher d’un pas sûr pour ne pas être ennuyée. Il faut éviter de s’appuyer contre le mur. Il faut trouver la sortie. La sortie de quoi ? Même dans la rue, elle peut se perdre. Impossible de savoir où elle voulait aller. Elle a toujours son téléphone à la main mais le GPS ne lui est d’aucun secours. Plus elle le regarde, plus l’écran devient flou. Impossible de vaincre sa solitude. Le tintement des clochettes l’appelle. Un vide si profond qu’elle pourrait rester coincée.

La musique tourne en boucle et l’empêche d’exprimer distinctement ce qu’elle veut, ce qu’elle essaie de rejoindre. Peut-être qu’il n’y a rien à rejoindre. Les mots volent et se cognent contre les parois de son crâne. Il faut sortir avant de se taper la tête contre un mur, avant de sentir les larmes monter, avant de ne plus savoir qui elle est. Elle comprend sans savoir quoi faire. Les vibrations de la musique se font de plus en plus fortes en elle. Elle est comme submergée par ce tourbillon et elle se laisse porter. Peu importe ce qui va arriver, elle est comme exaltée. Elle a envie de crier, de danser, de se libérer. Mais comme toujours, la mélodie se fait plus douce. Comme si mille violons tintaient pour lui indiquer la bonne direction. Alors son pas se fait plus rapide, elle manque d’air, elle court. A bout de souffle, elle monte les escaliers. Il ne faut pas se faire rattraper. Elle sent la pression sur ses poumons, sa poitrine qui se resserre. Elle se voit leur parler, leur sourire, les aimer. Plus que quelques marches, et au bout ce sera la sortie.

Photo de Fabien Tran Minh

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