#metoo : Train à quai dans 1 minute.

Il arrêtait pas de sourire en me regardant. Peut-être que c’est quelqu’un que je connais, peut-être que c’est quelqu’un que j’ai rencontré à une soirée du travail, peut-être que c’est un garçon du karaté. J’ai oublié. Ça m’arrive parfois d’oublier des choses et ça me rend triste. Hier j’ai découvert que j’étais allé au mariage d’une amie il y a plusieurs années, mais je m’en souviens pas, pourtant ça devait être bien.

Il souriait encore en s’avançant vers moi. Ça m’a fait reculer.
– Salut, tu te souviens de moi ?
– Non je crois pas donc on n’est pas obligé de se parler si près l’un de l’autre.
– Embrasse-moi lesbienne.

Le métro c’est l’étalage de la misère humaine. A chaque instant, les gens se précipitent dans les bouches de métro. Ils vont trop vite. La vague humaine disparaît sous terre à un endroit pour réapparaître à un autre endroit. La vague fait que tout le monde se bouscule, que les gens crient parce qu’on marche sur leurs pieds, parce qu’on les laisse pas sortir du wagon. Le monstre souterrain les mange, les rejette, les mange, les rejette indéfiniment et personne ne remarque rien. C’est pour ça que je préfère marcher, même si ça prend plus de temps. Ça fait disparaître la tristesse qui rampe sous la terre. Je veux pas devenir un ver de terre et mourir étouffée.

J’ai senti sa main ferme et forte sur mon poignet, sa langue sur mon cou et sa joue contre la mienne. Des fourmis dans mes mains. Déconnexion. Ça m’a fait comme un éclair de chaleur dans le dos. Y avait des larmes dans mes yeux. Je suis pas lesbienne même si ça me plait que des filles me sourient tard le soir dans les bars, je suis pas un objet qu’on peut prendre et utiliser, je suis pas quelqu’un de faible. C’est pas grave parce que des choses plus graves arrivent tous les jours, je suis pas choquée parce que j’ai la chance d’être une femme libre et d’avoir fait des études qui me permettent de relativiser, mais je suis fatiguée de ce genre d’intrusion dans ma vie.

J’ai vu ma main se refermer sur sa gorge, la serrer très fort et le projeter contre le wagon. Il était par terre, l’air ahuri. Je l’ai frappé de toutes mes forces en criant. Quand j’ai relâché mon souffle, il était toujours debout devant moi avec un sourire aux lèvres.

Je hais les humains.

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