Le fabuleux destin de Louis Amédée Brihier !

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1904. Un rideau rouge se lève sur la ville d’Iquique. Pour tout décors : une mine. Des jeunes acteurs barbouillés de noir vont et viennent dans le fond de la scène. Il fait chaud. Le travail semble dur mais en ville les notables prennent le temps de vivre, discutent de tout et de rien quand un jeune vendeur de journaux crie : « Assassinat à Iquique !! La police recherche le coupable !! » Je découvre la vie en ce début de siècle. La population est en effervescence depuis l’assassinat du futur marié péruvien. Des bruits commencent à circuler en ville. On parle de dague, de poignard. L’ambiance se fait plus pesante et les enquêteurs piétinent. J’ai l’impression d’avoir un Sherlock Holmes chilien juste en face de moi.

L’homme à côté de moi sourit de temps en temps.
Il a l’air nostalgique de cette époque, pourtant il n’a pas 100 ans !
 
Antofagasta. Un jeune homme discute en français avec un certain Ernest Lafontaine. Ils ont l’air d’être de bonne famille. Ernest est commerçant. Et celui qui s’appelait auparavant Louis est devenu Émile Dubois. Soirée au restaurant, vin, les deux hommes sympathisent. Ils se séparent en se promettant de se revoir. Au petit matin un jeune vendeur de journaux crie : « Assassinat à Antofagasta !! Un français est soupçonné ! ». Émile aime se faire appeler Emilio. Il est interrogé par un enquêteur.

Mon voisin me fait remarquer les tâches de sang sur son pantalon !

Je les avais même pas vu !

 

Emilio affirme qu’il a tué un poulet la veille. « Il faut bien manger ! » Il est relâché.

Valparaiso. Le décors change. Tout ce que je vois depuis quelques jours y est. Les rues pleines de terre, les bruits du port, la lumière si douce. Un vieux funiculaire. Les bourgeoises affolées parlent du tueur à la dague tandis que les petites gens parlent du nouveau Robin des Bois. Dans un café décoré à la française, Emilio discute avec un riche allemand. Herr Titius tient à payer l’addition et disparaît. Le lendemain, notre gavroche local crie : « Assassinat à Valparaiso !! Personne n’a rien vu mais la victime n’a plus un sou en poche !!».

Malgré l’obscurité, je devine que l’œil de mon voisin brille de mille feux.
Est-il du côté du prétendu tueur ?
Est-ce qu’il connaît la fin de l’histoire ?

Les semaines passent et je découvre l’ambiance de cette époque. C’est vrai qu’il valait mieux avoir les moyens plutôt que d’aller trimer à la mine.
Le décors tourne. Nous sommes maintenant dans une ruelle sombre. Un lampadaire illumine une façade et je ne vois pas grand chose. Un homme marche rapidement derrière un étranger. Un américain peut-être ? Des coups résonnent et l’américain s’effondre. Assomé ? Mort ? J’ai peur d’avoir reconnu Emilio mais il était de dos. Je ne veux pas faire de conclusions trop hâtives. On retrouve notre américain au poste de police et après avoir regardé quelques portraits griffonnés sur un carnet, il identifie fermement Emilio Dubois comme étant son agresseur !

 

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Mon voisin se penche vers moi.

Mon moment préféré de l’histoire c’est le procès !

 

1906. Le procès s’ouvre dans un tribunal tout ce qu’il y a de plus banal. Emilio est tout endimanché. Il discute avec son avocat mais ils n’ont pas l’air d’accord. « Je ne plaiderai pas la démence ! Je préfère assurer ma défense tout seul ! ». Ça commence bien. Le personnage me plaît de plus en plus ! Les jours de procès s’enchaînent et la population se divise. Pour les petites gens, Emilio est innocent bien sûr. Il est du côté du peuple. A cette époque si difficile, il prenait l’argent des riches, ce n’est pas mal ! Mais pour les plus fortunés c’est un dangereux psychopathe qui a envoyé des lettres de condoléances aux familles des victimes et participé à leurs obsèques.

 

4 janvier 1907. Malgré ses talents d’orateur, Emilio est reconnu coupable.

26 mars 1907. La scène est vide et froide. Emilio est debout face au peloton d’exécution. Toujours aussi digne, avant que les coups de feu ne retentissent, il lance : « Pour vous je suis un assassin, mais pour le peuple je serai un saint ! Le peuple ne m’oubliera pas. »

Pour en savoir plus sur Emile Dubois, je vous invite à écouter le très beau reportage de Julie Rousse réalisé à Valparaiso !

http://download.arteradio.com/flash/arteradiov4player.swf?mediaId=615929&v=102

Aide aux routards :

Tombe d’Emile Dubois en haut du cimetière nr 3. Mini bus depuis le centre.
Hôtel Pierre Loti au Cerro Concepcion, dans le passage du même nom. Un peu luxe par rapport à d’habitude mais très joli. 9000 pesos ch / pers petit dej et internet inclus.
Menu à 1900 pesos ch dans un passage près de la place Anibal Pinto.
Nombreuses ballades à faire pour découvrir la ville !

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Rodrigue dit :

    Voilà la Sandra-san à laquelle je tiens: celle qui voit la lumière là où tant d’autres ne verraient que de l’ombre.

    Tu es bien entendu libre d’écrire tout ce que tu veux comme tu l’entends: jamais je ne t’imposerai de limite. Mais laisse-moi exprimer mes préférences en déclarant que c’est dans ce registre-là que je te t’apprécie le plus.

  2. Virgil dit :

    Je découvre ce personnage et il me plait ! Y a-t-il vraiment une pièce de théâtre le concernant? J’aimerai la voir.
    Bravo pour l’article !

  3. dubois valerie dit :

    Personnage exceptionnel en effet, je suis passionnée…existe t-il des livres ou documents sur son histoire ou existence, d’ou vient t-il exactement ? s’appelle t-il vraiment EMILE DUBOIS ?. J’aimerai beaucoup en savoir plus sur cet homme de qualité.
    Merci beaucoup de me répondre.

  4. David HOLMES dit :

    Il s’appelait Louis Amédée BRIHIER, né dans mon village de pêcheur d’ETAPLES dans le Pas De Calais. C’est un des mes ancêtres! Il aurait assassiné celui qui aurait du être son beau-père. Un Gendarme qui n’acceptait pas la relation que Louis, Emile DUBOIS, entretenait avec sa fille. Emile dût s’enfuir après cet assassinat. Il pris donc le large vers l’Amérique du sud.
    Son sang coule dans mes veines mais j’ai choisi une autre voie, celle de la loi.
    Emile Dubois est mort, vive Emile DUBOIS.
    Il s’agit d’une superbe histoire tirée d’un événement réel.
    Merci!

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